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Pourquoi pêche-t-on ? (ou reformulé par nos ami(e)s : pourquoi passer tout ce temps au bord de l’eau ?!? )

 

Vaste question philosophique ! Je vais essayer d’apporter un peu d’éclairage sur cette interrogation.


La question me titille depuis un moment. Pourquoi allons-nous à la pêche alors qu’aujourd’hui, pour la majorité d’entre nous, nous relâchons nos prises ? Ce n’est évidemment plus dans le but de se nourrir (soi-même ou sa famille), pour ça il est plus simple d’aller à la poissonnerie du coin.

Un instinct primitif

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Une partie de la réponse pourrait se trouver dans l’instinct de chasseur. Oui je sais, on parle de pêche ici, et pas de chasse au faisan… N’empêche, l’acte de prédation qui anime l’homme, et qui est probablement le fondement de l’art halieutique, joue un rôle prépondérant dans notre amour de la pêche. Tenter d’attraper un poisson, même en « no-kill » total, est bien une prédation, et non un jeu c   omme on peut le lire parfois. Non, on ne « s’amuse » pas à retirer un animal de son élément en lui accrochant un hameçon dans la gueule, ça serait un jeu bien cruel et on n’est pas des brutes.

Alors pourquoi aime-t-on tant la pêche ??? Pour faire simple, on pourrait dire que c’est un peu comme un retour aux sources. Comme notre vieil ancêtre Cro-magnon, on peut alors revenir au « vrai » et renouer avec nos sens, totalement anesthésiés ou perturbés dans notre monde moderne.

 

Une merveille pour les sens

Dans l’acte de prédation, nos sens retrouvent leurs buts premiers, une grande partie de ce pourquoi l’évolution a fini par les construire au fil du temps. Le pêcheur au bord de l’eau est donc tous ses sens en éveil, tel le chien de chasse aux cotés de son maître : l’œil qui pétille, la truffe au vent, des fourmis dans les pattes… Il est prêt à déployer tout son savoir-faire ! A la pêche, la vue aussi bien que l’ouïe, l’odorat et le toucher jouent leur rôle. Seul le goût peut désormais être écarté, le no-kill étant majoritaire dans la plupart des pêches : on ne pêche plus un poisson car il est « bon à manger » !

Et voilà, je tente le leurre ! ... dur dur !

La vue

L’un des sens les moins utilisés dans la pêche est la vue : dans la plupart des cas, on ne voit pas les poissons que l’on traque ! (Excepté quelques cas particulier : pêche à la mouche, …) La vue ne se concentre que sur un bouchon, une ligne, le courant…Certains sont fascinés par 11 mecs courant après un ballon sur un terrain, d’autres par un machin qui flotte sur l’eau… Chacun son truc ! L’œil s’égare aussi parfois au lointain et s’émerveille régulièrement des paysages divers et variés que rencontre le pêcheur, car oui le pêcheur est poète à ses heures et pas insensible à la nature ambiante.  La pêche est aveugle ! On pressent, on ressent, on imagine, on espère mais on ne voit pas grand-chose. Hormis, parfois, quelques bulles, un remous ou un saut qui percera le voile de la surface de l’eau et vous fera bondir de votre chaise (« ça mord !!! »).

Des coin-coins qui n'ont peur de rien ...

Par contre, le pêcheur a un œil de lynx capable de repérer un étang à 2 kilomètres en passant en TGV dans un coin arboré… va comprendre ! D’ailleurs, mon amie m’a dit un jour : « Si un jour je me dois me paumer dans le désert, je t’emmène ! Je suis sûre de TOUJOURS trouver un point d’eau ». Pas faux…

Au feeder en Loire

L'odorat

L’odorat est également peu utilisé pour pêcher…bien qu'il puisse animer le pêcheur au coup pour son amorce (humm, cette petite odeur de gâteau…) ou le chènevis qui cuit doucement ! Mais avouez quand même que l’odeur des poissons n’a rien d’attirant. Enfin je dis ça pour nos proches surtout… moi perso, l’odeur du poisson je ne la sens plus trop et ça ne me dérange pas plus que ça…

Et voilà, prêt à pêcher !

Je ne me souviens pas avoir reniflé un plan d’eau pour savoir s’il y avait du poisson  mais je sens pourtant l’air et j’apprécie l’odeur de nature qui m’entoure* (note : quand je ne suis pas à Paris, évidemment, parce que bon, en bord de Seine, les odeurs ne sont pas très « natures »…).

Quoi de plus génial et de plus jouissif que d’arriver avant l’aube par un matin chaud et de respirer l’air au moment où le jour se lève : les senteurs des arbres, des herbes, des mousses. Ca vaut quand même le coup de se lever à l’aube pour profiter de ce petit moment avant de titiller la canne non ?

  Au petit matin...  

L'ouïe

Quant à l’ouïe, là encore, le rapport avec la pêche est plutôt faible. Pas de plaisir de musique hormis celle de l’eau courante et du frein qui chante. Ce frein qui, lorsqu’il démarre, fait instantanément passer vos battements de cœur à plus de 100 ! Notre oreille est branchée en directe sur la zone réflexe ! Elle n’analyse pas ; elle nous alerte ; elle est à l’origine de la décharge d’adrénaline qui nous fait vibrer. Et que dire des bruits des queues des brochets lorsqu’elles frappent la surface avant la mise à l’épuisette ! Les bruits de succion des grosses perches qui chassent votre leurre de surface ! Le « plouf » bruyant d’une carpe qui saute sous les branches… ah non, zut, c’est le labrador d’un promeneur qui fait trempette…

Elle arrive !

 

Le toucher

Reste encore le toucher, ce sens si particulier, et pourtant si important à la pêche ! Sentir son moulinet et sa tresse souffrir sous les assauts du prédateur, sentir vibrer et plier le carbone de la canne sous les coups de tête, ressentir la puissance du poisson. Le combat ! Ce plaisir incroyable de sentir cet adversaire au bout des doigts, qui se bat et se débat pour sa vie ! Puis toucher ce poisson si glissant et plein de vie, mettre ses mains dans l’eau… Finalement, c’est peut-être le sens le plus important au bord de l’eau ! Enfin, sauf quand on se plante un hameçon dans le doigt bien sur…

La canne pliiieeee !!

 

Tout est dans la tête !

Enfin, et je dirais même surtout, en plus du plaisir des sens, il y a la réflexion et  l’imagination du pêcheur qui travaillent à fond ! Car oui, le pêcheur ne passe pas sa journée à attendre bêtement que le poisson se jette sur sa ligne. Le pêcheur au leurre va sans doute scruter chaque veine de courant en imaginant où, s’il était un poisson, il irait se poster… pour ensuite mieux imaginer la trajectoire de son leurre ! Le pêcheur au coup va essayer de visualiser mentalement le travail de son amorce sous l’eau, les gardons qui virevoltent tout autour en chipant une particule par-ci et un asticot par là. Les carpistes vont imaginer les trajectoires des carpes et déposer leurs montages sur leur route.

 

Un poste qui fait envie...

 

L'attente...

Et évidemment, il y a l’attente. L’absence de touche. Ce moment que redoute tant les non-pêcheurs et qui font dire à beaucoup : « Ah non, je ne pourrais pas faire comme vous, je ne suis pas assez patient ! ». Mais ma brave dame, ce n’est pas de patience dont il s’agit ! Au contraire même ! Tout se passe dans la tête, bien à l’abri des regards indiscrets. Si on pouvait disséquer tout le petit monde en mouvement dans la tête d’un pêcheur, on y trouverait probablement tout un monde aquatique en effusion, représentation idéale de la réalité actuelle du pêcheur, peuplée d’une multitude de créatures aquatiques et de tout un tas de paramètres (courant, longueur de la ligne, plombée, hameçon…) que l’on essaye d’imaginer et de simuler dans sa tête… pour mieux les appliquer ensuite dans la réalité.

Installation rudimentaire mais efficace


Changer d’appât ou de leurre pour provoquer un poisson apathique, alléger une plombée, pêcher plus ou moins profond, voire tout simplement changer de poste ou de techniques : les possibilités d’actions sont innombrables pour atteindre le but ultime et attraper ce fameux poisson.

Et alors là… c’est fiesta !

 

La pêche, c'est Noël !

Finalement la pêche, ça ressemble un peu à Noël pour un enfant :

  • La nuit précédente où l’on dort peu, les yeux grands ouverts, attendant avec impatience le petit matin.
  • Les yeux qui brillent devant l’étang aux premières lueurs du jour, tel un sapin de noël illuminé entouré de cadeaux.
  • Le cœur qui bat à la vue du cadeau tant attendu : le flotteur qui plonge !!!
  • L’impatience de découvrir enfin ce qui se cache sous cet emballage cadeau qu’est notre plan d’eau.
  • Le plaisir en voyant enfin le poisson sorti de son écrin !
  • La satisfaction d’avoir réussi à faire un beau montage et attrapé le poisson récalcitrant, tel le gamin qui a réussi à monter ses Lego et à obtenir la forme désirée malgré une notice en coréen.

Père noël à la pêche


Un peu de magie et beaucoup de bonheur au bord de l’eau en somme...


Gardez la pêche !

 

Cet article est fortement inspiré du site de Sylvain l’esoxiste , et plus particulièrement de son excellent article « Pourquoi pêche-t-on » . Merci à lui d’avoir accepté le partage & la modification de sa prose sur photofish !